journal nomade depart thailande

C'est avec le coeur très lourd que j'écris cet article. On quitte la Thaïlande. Je n'ai pas publié depuis plusieurs semaines à propos de notre quotidien. Il est très plan-plan et ça nous allait bien. Il était aussi tendu et il me fallait du temps pour digérer partiellement toute cette tension et pouvoir vous l'expliquer.
Cet article a été écrit une dizaine de jours avant sa publication - La Thaïlande a prolongé les visas trop tard, plusieurs jours après la date limite. Nous étions déjà loin.

Pourquoi quitter la Thaïlande?

Tout simplement parce que la Thaïlande nous met à la porte. Ce n'est pas une grande nouvelle, à la dernière extension de visa, ils l'avaient annoncé. Au 26 septembre, les touristes devaient avoir quitté le territoire ou avoir régularisé leur situation; Pour régulariser notre situation, on avait des choix:

Acheter un visa étudiant avec au choix:
Etudier le Thaïlandais ou apprendre le Muay Thaï
Honnêtement, si je devais reprendre la route de l'école, j'apprendrai autre chose! Un visa étudiant et une école ne sont pas donnés non plus et avec la situation actuelle, il aurait fallu passer par une agence qui se serait gavé sur notre dos par la même occasion.
Avoir un visa travail Avec le Covid-19 qui flingue le tourisme, trouver un boulot n'est pas des plus évident.
Avoir un visa Elite Si j'avais 50 000 balles x2, mon esprit serait bien moins contrarié à avoir à quitter le pays!

On avait un très faible espoir qu'ils reviennent sur leur décision et qu'ils prolongent l'extension de visa. Ca aurait été plus logique. L'industrie du tourisme en Asie et en Thaïlande est au point mort depuis plus de 6 mois. Les touristes sur place (environ 150 000 en Thaïlande) consomment tout de même et comme il n'y a pas de cas de Covid depuis plusieurs mois, on est des touristes propres. C'était tout bénéf de nous laisser rester. Mais là, on côtoie la limite de l'Asie - pas juste de la Thaïlande. Le touriste doit ramener du pognon, coûte que coûte. On est déjà passé dans des pays qui ne s'en cachent pas. C'est des pays qu'on appelle avec Flo "les putes de l'Asie". A partir du moment où tu as du blé, tu peux tout avoir. Avoir le droit de saloper l'Everest, avoir le droit de te taper des petits enfants... Généralement, la Thaïlande comme on la vit, on ne s'en rend pas bien compte. On sait que c'est une facette du pays. On ne la voit pas. Bref, en ce moment, les touristes sur place ne ramènent pas assez de blé donc pourquoi les garder?

Que fait l'ambassade de France en Thaïlande?

Quand on a quitté la France, il y a 4 ans, on s'était dit qu'en cas de grooooos pépin, il y avait des ambassades et consulats un peu partout et qu'au moins ils sauraient nous guider. Ahah, la bonne blague! Je pense que pour les touristes, ils sont utiles si on perd ou si on nous vole notre passeport. Après, nada. J'ai même cherché sur Google à quoi servait une ambassade parce que ces derniers mois, mis à part à traquer les français hors de France, je n'ai pas bien compris. (Une ambassade sert la relation entre les 2 pays, un consulat est censé répondre aux questions / besoins des ressortissants à l'étranger.)

On aurait pu rester en Thaïlande si la France avait bien voulu faire une lettre pour nous autoriser à rester. Le positionnement de l'ambassade et le même que le gouvernement français: rentrez en France pour dépenser votre argent sur le sol national il y a des vols pour la France, rentrez! Du coup, la lettre, on peut se l'enfoncer bien profond jusqu'aux amygdales. Là aussi, on ne comprend pas très bien. (D'autres pays font la lettre pour que leur ressortissants restent sur place et ils aident même financièrement leurs ressortissants à l'étranger. L'aide de la France est de 4 fois 124€ par foyer sous certaines conditions. 124 balles???? Même en Thaïlande cette somme est absurde!)
Depuis le mois de mars, on suit avec beaucoup d'attention la situation en Europe, en France et en Asie. Pour cette dernière région du globe, c'est parce qu'on y vit. Pour la France et l'Europe c'est parce qu'on en vient. Il y a quelques mois, il était difficile de rester hermétique au flux d'informations relatif à la pandémie. C'est un peu plus calme. Mais de là où nous nous trouvons, ce n'est pas bien rassurant pour autant. On ne cède pas à la panique dans le genre: "je ne veux pas chopper le virus, je ne veux pas crever". 1/ On est conscient qu'on va crever 2/ Je pense que ma grippe de janvier n'était pas la grippe. J'en ai chié sévère mais je suis encore là! Bref! En ce moment, les informations que l'on peut lire à propos de la situation sanitaire en France c'est pas joli-joli. Juste en passant, rappelons que la Thaïlande serait actuellement le 1er pays mondial pour sa lutte contre le virus. (J'utilise le conditionnel, on reste en Thaïlande, la presse est un instrument à peine moins caché qu'en France pour manipuler les opinions). Malgré tout, c'est tout de même vachement moins le bordel qu'en France. Et on trouve ça complètement débile de quitter un pays safe au niveau du Covid pour un joyeux bordel comme en France.
Sur ce blog, je n'ai jamais caché mon aversion profonde à la politique actuelle française. Il y a des moments, j'ai envie d'écrire sur les sujets d'actualité qui indignent la France et les français. Et puis, je me dis que ça ne sert à rien. On s'en bat les couilles de mon opinion sur la tenue républicaine avec laquelle se vêtir. Cette politique d'indignation est fatigante, très fatigante. Comme on vit avec 2 cultures différentes, il nous arrive de faire des comparaisons. A l'école, en France, on nous a appris que les pays d'Asie étaient des pays du tiers monde. Ca ne se dit plus. Je crois qu'on parle de pays en voie de développement. Le jugement de valeur est toujours là même si les termes ont changé. On nous a appris qu'on était les meilleurs, du moins meilleur qu'eux, vu que nous étions un pays développé. Au final, ces derniers jours, je me suis demandée ce qui était le pire: un pays qui manipule ouvertement sa population ou un pays qui joue sur la peur et l'indignation de son peuple pour faire ce que bon lui semble? Au moins, en Thaïlande, malgré la langue que je ne comprends pas, je sais qu'on se fout de ma gueule. (J'aime quand les choses sont claires...)

Climat personnel tendu

Revenons au fait que nous quittions la Thaïlande... Maintenant, je vais vous parler un peu de notre état d'esprit mais aussi de pognon. Je l'ai écrit dans mon introduction, on n'a pas envie de partir. On n'a pas le choix donc on le fait, ce n'est pourtant pas de gaité de coeur.
Kanchanaburi est LE bled que je préfère en Asie. J'aime Pondicherry ou Varanasi. Mais Kanchanaburi c'est un cran au dessus. J'aime la guesthouse où l'on vit même si parfois il pleut dans la chambre. J'aime l'odeur de la guesthouse, une odeur réconfortante dans laquelle je me sens presque chez moi. J'aime l'omniprésence de la nature que je trouve très réconfortante et qui me permet de méditer. J'aime les gens ici pour qui le mot "farang" n'est pas nécessairement une insulte, c'est juste qu'on est les seuls étrangers ici. J'aime les gens qui font notre quotidien, on a un voisinage extra. Du coup, quitter tout ça, ça fait chier!

Autre point ennuyeux: nos affaires sont à Kuala Lumpur. C'est du détail mais ça pèse dans la balance. On a rien au quotidien. C'est un choix qu'on a fait de ne vivre qu'avec un sac et moins de 15kg d'affaires. Et on est en train d'apprendre qu'on peut vivre avec encore moins. Le problème c'est qu'on part de Thaïlande pour beaucoup plus loin. Au final, on ne sait pas quand on pourra récupérer nos affaires... C'est un détail dans ce qui nous mine en ce moment. C'est dans nos pensées.

Voyager en période de Covid n'est pas une sinécure. Jusqu'à présent, nos habitudes quotidiennes nous avaient bien épargnés. Ces dernières semaines étaient compliquées, éprouvantes. Impossible de prévoir à l'avance notre voyage. C'est pas des vacances qu'on planifie d'une année sur l'autre. On a l'habitude d'être à l'arrache dans ce qu'on fait. Sauf qu'en général, on a moins de facteurs à prendre en compte. Ces facteurs sont:

  • Est-ce que le pays est ouvert ou non?
  • Quelles sont les conditions pour rentrer dans le pays?
  • Est-ce qu'on peut rentrer dans le pays en venant de Thaïlande (ça généralement c'est oui vu que c'est un pays vert)? Est-ce qu'on peut rentrer dans le pays en ayant fait escale dans d'autres pays?
  • Est-ce qu'on peut rentrer dans le pays avec un passeport français? (Vu la situation sanitaire de la France, le passeport français n'est plus forcément le bienvenu.)
  • Combien coûte le vol?
  • Quelles sont les conditions de la compagnie aérienne?
  • Quelles sont les conditions des pays où il y a escale?
  • Quel est le niveau de vie dans le pays? Est-ce qu'il est dans nos faibles moyens?
  • Quel est le climat du pays? (Juste pour rappel nous n'avons que des fringues d'été avec nous, le reste est à Kuala Lumpur!)
  • Quelle est la durée du visa qui est accordé?

Toutes ces questions ont fait partie de notre quotidien ces dernières semaines. Ca nous a sérieusement miné. On a beau en parler entre nous, ça reste pesant. (Pour tout vous dire, je suis sur les rotules là!) J'ai la chance d'avoir 2 personnes à qui en parler en France qui ne jugent pas, qui ne me font pas de leçons de morale. Merci à elles, je sais qu'elles me lisent et leur présence ces dernières semaines m'a fait du bien.

Partir coûte cher! Toute l'Asie est encore bloquée et les frontières sont fermées. On doit donc partir "loin". Plus loin que ce dont on à l'habitude, plus loin que ce qui était prévu. Rien que les billets d'avion nous coûte la bagatelle d'un mois et demi de budget qu'on a pour vivre. Sans compter les "extras": les différents transports d'un point A à un point B, la chambre d'hôtel, la bouffe d'aéroport... Globalement, on part sur du 3 jours de voyage au moins. J'écris ce billet jeudi, on va commencer notre périple vendredi. On arrivera dimanche soir à destination. Mais passons, c'est juste de la fatigue, dans quelques semaines, ça ira sans soucis.
Côté argent, cette dépense n'était pas du tout prévue au programme. Avec Flo on est un peu verts. Pour une fois qu'on avait un peu de thunes, tout part dans le voyage. On ajoute à cela qu'une boite de communication pour laquelle j'ai écrit me doit 350 balles depuis le mois de mars et qu'elle se fout littéralement de ma gueule. (Influenzzz merci de contribuer à la situation compliquée dans laquelle je me trouve! Vous êtes une agence de communication que je déconseille à plus d'un titre.)
Par conséquent, j'ai du emprunté de l'argent à mon frangin. Je m'en serais bien passée. Ce n'est jamais drôle d'avoir à emprunter de l'argent à quelqu'un. Ca l'est encore moins quand ma famille me demande des comptes, me conseille sur la manière de gérer mon budget et me renvoie toutes ses inquiétudes en pleine face. Honnêtement, vu la situation actuelle, je me serais bien passée du manque de confiance en moi que cela entraine. Je comprends que les gens puissent s'inquiéter dans une certaine mesure. L'inquiétude n'excuse pas tous les comportements et toutes les remarques. Honnêtement, vu la situation actuelle, ce drama familial était de trop. Je suis encore furieuse. Il va me falloir du temps pour digérer tout ça et arrêter de penser que la meilleure des solutions et de ne plus rien dire à personne.

Pourquoi ne pas rentrer en France?

Et l'une des questions à laquelle ma famille refuse d'entendre la réponse c'est pourquoi ne pas rentrer en France. On y a pensé, plus d'une fois. On y a pensé chacun de notre côté, on y a pensé à deux. On a évoqué et creusé de nombreuses possibilités. On en a parlé. Et non, on ne rentrera pas en France, du moins pas dans les jours à venir.

On ne rentre pas en France parce qu'on en a pas les moyens. Je ne gagne pas suffisamment pour vivre en France. Et même si en France, Flo pourrait éventuellement travailler, il faudrait qu'il trouve du boulot déjà. Et ce serait pour gagner quoi? Parce que les temps pleins qui permettent de vivre décemment, ça ne court pas les rues, même si on la traverse... Parce que ce qu'on va gagner en France nous permettra de payer le loyer, les factures, les frais et des pâtes et du jambon sous-vide avec un peu de chance.

On ne rentre pas en France parce qu'on n'a pas envie de toucher le RSA. Certains voyagent et vivent à l'étranger avec le chômage ou le RSA. Nous on a fait le choix d'être honnêtes (et probablement très cons) et surtout d'être tranquilles, de ne pas être liés à la France de cette manière. Si on rentre, il faudrait qu'on fasse la demande de RSA, qu'on rentre dans le système, celui auquel on doit rendre des comptes à la CAF et à pôle emploi pour 839,61€ en couple. Le système où les gens de nos familles qui votent de droite et d'extrême-droite vont nous considérer comme des parasites. On le fera peut-être dans les mois à venir. Je ne sais pas. Pour le moment, je ne suis pas encore prête à ce que l'on me considère comme une pauvre.

On ne rentre pas en France parce qu'on aime vivre à l'étranger. Au moment où j'écris cet article, il y a Roon (la dame qui gère la guesthouse) qui parle très fort dans son téléphone. Il y a aussi la mamie d'en face qui parle avec le voisin, son fils qui court dans la ruelle. J'aime vivre avec les voisins dans le paysage. J'aime ne pas comprendre ce qu'ils racontent. J'aime quand la petite mamie essaye de me parler avec sa bouche édentée et son accent de ouf. J'aime quand En me dit bonjour en français avec le j prononcé ch. J'aime quand la voisine s'assied devant la guesthouse pour bavarder avec Roon. Je ne sais pas ce qu'elles se racontent. J'aime les sons et la mélodie que j'entends. J'aime que ça sente la bouffe à 10h du matin, même si parfois, ça sent la sauce de poisson. Ca me semble un peu vain de vous expliquer tout cela. Avant de voyager, cela me paraissait inconcevable. Je doute d'avoir le talent littéraire nécessaire pour vous inviter à imaginer ce quotidien qui me fait du bien, qui me rassure et me réconforte. (C'est le seul paragraphe que j'ai écrit en souriant dans cet article...)

Je ne rentre pas en France parce que je n'arrive pas à imaginer avoir une bonne vie en France. On a quitté la France il y a 4 ans. J'étais dans un état lamentable. J'en souffrais énormément, c'était un cercle vicieux. Même si ces dernières années, j'ai fait un travail monstre pour surmonter tout cela, d'une part le travail n'est pas fini, d'autre part j'ai une folle crainte de retomber aussi bas que je ne l'étais en 2016. Imaginer ce que pourrait être ma vie permet de savoir où je mets les pieds. Quand je pense à ce que ma vie pourrait être en France, je n'en veux pas. Je n'arrive pas à imaginer une belle vie en France. Je suis trop marginale pour cela. Je pourrais rentrer dans le moule dans une certaine mesure, mais à quel prix? A grand renfort d'anti-dépresseurs comme en 2016?
On en parlait encore hier soir avec Flo, on vit dans une bulle. Une bulle où il y a certes peu d'argent mais de la place pour d'autres choses. Il y a de la place pour l'écoute, il y a de la place pour la parole. Il y a de la place pour la confiance à différents niveaux. Il y a aussi de la place pour l'espoir. Rentrer en France ferait éclater en partie cette bulle. Cette bulle n'est pas impossible en France, je suppose. Pour le moment quand j'essaye d'imaginer ce que ça donnerait, ça me donne l'image suivante: comme une bulle de savon qui se déforme avec l'air ambiant et qui va exploser d'un moment à l'autre. Elle explosera. C'est certain. Et je n'arrive pas à imaginer une nouvelle bulle qui la remplacera, du moins, pas une bulle dans laquelle je me sens bien.

Pour conclure, je suis désolée que cet article ne soit pas plus joyeux. Je ne vous écris pas tout ça pour vous faire pitié ou pour me faire plaindre. C'est juste un point sur la situation, sur ces dernières semaines et sur notre état d'esprit. On va continuer d'avancer, la situation ne nous laisse pas le choix. On va découvrir un autre pays, une autre culture. Habituellement, je suis plus enjouée face à cette perspectives. Habituellement, les conditions sont différentes.

Entre la rédaction et la publication de cet article, il y a une dizaine de jours. Entre temps, les autorités thaïlandaises ont annoncé très tardivement que l'extension était prolongée. On était déjà loin. On a pris la direction de la Turquie, j'en ai parlé vite fait dans mon bilan des 4 ans publié hier. On va de l'avant, on est contents de découvrir un nouveau pays. N'empêche que ça nous a bien casser les co%$* d'avoir à partir. Cet article me permet de faire le point sur des facettes du voyage dont je parle rarement. C'est déjà ça. Je reviendrai vite avec 2 articles: l'un à propos du voyage entre la Thaïlande et la Turquie en période de Covid, le second sur nos premiers jours à Istanboul, ville qui nous plait beaucoup pour le moment.


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