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Samedi passé, je recevais un message sur Facebook d’une amie de longue date qui m’a fait chaud au coeur dans lequel elle revenait sur le décès de ma grand-mère et notre drôle de famille au Laos. Encore une fois, je me suis rendue compte du décalage incroyable qu’il y a entre ma vie d’avant et ce que je vis maintenant. Je vais essayer de te l’expliquer, peut-être comprendras-tu mieux une partie de notre vie en tant que nomade à plusieurs milliers de kilomètres de nos proches.
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© Slava Bowman

Les gens

Flo et moi vivons essentiellement à deux depuis le début de notre aventure en Asie. En France, on avait tous les deux des familles aimantes (dans des styles différents), des potes extras. Et pourtant, on a fait le choix de tout quitter. C’est un choix, donc ça implique aussi des renoncements. On a renoncé à avoir nos proches à nos côtés, mais ça a ouvert la porte à de belles rencontres.
Depuis qu’on est parti, on a fait la rencontre de très belles personnes de nationalités différentes. On a rencontré plus de personnes en 1 an ½ de temps en Asie que sur une même période en France. Par notre manière de vivre, on a la chance de créer de belles relations, de partager notre vie pendant plusieurs semaines avec elles. Cela crée des liens forts. Faut dire aussi que je suis assez asociale et parler avec des gens juste comme ça, sans sincérité, comme en les consommant, ça m’emmerde. « L’amitié » à usage unique, ça m’emmerde. Heureusement pour nous, on a croisé que très peu de personnes comme ça. Là aussi, c’est un choix qu’on fait! Passons… On a donc des amis sur presque tous les continents, avec une majorité de français, faut l’avouer.
Notre mode de vie fait qu’intrinsèquement on doit quitter les gens. On le sait avant même de les rencontrer. Avec un peu de bol, on aura la possibilité de se revoir, si on se croise dans un autre pays ou si on revient dans la même ville. C’est comme cela qu’on a revu Adjith et Justine (et les autres + le petit nouveau Navnith) nos potes à Pondicherry. On a revu Satoka et Clémence à Chiang Mai qu’on avait rencontrées en Malaisie quelques mois plus tôt. Et puis, on ne vit plus au XVIème siècle, il y a Facebook pour garder contact.
Je ne vois donc pas les gens que j’aime au quotidien. Quand on est au Laos, c’est différent, là, je vois une partie des gens que j’aime tous les jours. Mon frère et Momo font partie de notre vie française. Laulau et moi, nous nous sommes rencontrées au premier visa et le feeling est très bien passé (On passe des heures à discuter à deux, de tout et de rien!). Donc forcément quand on est au Laos, on est très content de tous les revoir. Mais le Laos n’est que 3 mois ¾ de notre périple pour le moment, soit pas grand chose. On a pris l’habitude de ne pas avoir nos proches autour de nous.

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© Rawpixel

Un détachement des gens sans frustration

Pendant les premiers mois, après notre arrivée en Inde, on pensait beaucoup à nos potes. On les imaginait dans telles ou telles situations et ça nous faisait bien rire. On a arrêté de le faire aussi souvent, mais parfois, ça nous revient et on rigole toujours autant.
Dans l’absolu, je ne donne pas de nouvelles. Je ne savais déjà pas le faire en France, en Asie ce n’est pas mieux. (Si tu veux des nouvelles, tu en demandes, parce que ce n’a jamais été spontané chez moi). On nous le reproche. C’est pénible. Je ne vois pas ce que je pourrais raconter. Dire que je suis allée chier 3 fois, tout le monde s’en fiche. Passer les frontières, ça peut sembler un truc de fou pour les gens autour de nous qui ne voyagent pas, mais c’est aussi facile que de faire caca. (Et parfois, c’est même plus rapide). Il se passe un truc qui sort de l’ordinaire dans ma vie, je le mets sur Facebook, ça m’évite d’avoir à me répéter. Je ne donne pas de nouvelles, mais je n’en prends pas non plus. Je manque d’empathie. Je ne m’en bats pas les couilles, c’est juste que je n’ai pas la réponse appropriée. Ma réponse est: « Si ça ne va pas, change les choses pour que ça aille ». C’est clairement pas ce que les gens veulent entendre. Mais pour moi ce n’est pas beaucoup plus compliqué.
Pour être tout à fait honnête, les gens ne me manquent pas. Ils ne sont pas morts, ils ne peuvent pas me manquer. (Tu sais: ce manque, cette souffrance au fond de ton coeur qui te brise…) Je pense souvent à mes proches, je leur dis quand j’y pense. (Je ne prends pas mon téléphone dans les toilettes, je n’ai pas de wifi quand je marche…) Parfois, j’aimerai les voir, mais j’ai un grand détachement à ce propos. Ce détachement, je crois que je le travaille depuis plus de 20 ans. Je ne ressens pas le besoin d’être avec les gens pour les aimer, pour penser à eux. J’ai une espèce de détachement qui me permet de ressentir ça et qui donc me permet de voyager longtemps sans voir mes proches, sans donner / avoir des nouvelles à outrance. Ce détachement me permet aussi de ne pas être frustrée. Ouais, y’a bien des moments où j’aimerai être avec mes frangins, mais j’ai appris à relativiser la frustration, à m’en détacher. Il n’y a pas de tristesse non plus. J’en reviens au: « Ils ne sont pas morts », et bien même…
Flo est moins asocial que moi. Je sais qu’il donne des nouvelles à son meilleur pote fréquemment. De mon côté, je fais un skype avec mes frangins le dimanche soir. Le point commun entre Flo et moi, c’est qu’on raconte beaucoup de conneries quand on parle avec les gens en France. On n’a pas besoin de répondre si ça va ou pas, si un jour on envisage de rentrer. (Pourquoi rentrer? Je suis plus heureuse ici qu’en France!)
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© Anete Lūsiņa

Un décalage pas qu’horaire

Tu peux m’envoyer ce que tu veux sur Internet, il y a de fortes chances pour que je te réponde au réveil chez moi, soit en pleine nuit en France. Le plus drôle est quand je converse avec des canadiens avec qui j’ai 12 heures de décalage. Il est encore hier chez eux.
Le décalage horaire n’est pas le seul décalage que l’on ressent avec la France. On n’a pas du tout la même manière de vivre - heureusement! Je vis en short, j’ai bonne mine, je mange quand j’ai faim et je ne cuisine pas (sauf au Laos). Je ne fais pas le ménage, ni la vaisselle. Je n’ai pas de cafetière à détartrer et je bois du café 3 en 1. Je fais rarement une machine moi-même. Soit je lave mon linge à la main, soit je le donne à laver et il revient propre et plié. Je goute un tas de plats différents. J’ai beaucoup de mal avec les plats qui ne sont pas épicés, ils me semblent fades. Je mange des plats qui défient les lois de l’hygiène française et je me régale. Je marche beaucoup. Si je dois faire un « long » trajet, je me déplace en tuctuc. Si je dois faire un très long trajet, généralement, je le fais en bus. Pour moi, faire 20h de bus c’est classique. Je n’ai pas de salle de bain à moi la plupart du temps et quand j’en ai une, c’est la fête du slip! Je partage mes toilettes aussi. Je ne suis pas traumatisée si j’ai un toilette turc en face de moi, si je n’ai pas de papier toilette ou pas de chasse d’eau. Je pourrais mourir assommée par la chute d’une noix de coco ou d’un jackfruit. D’ailleurs, le jackfruit je ne l’appelle pas par son nom français. Si j’ai envie de manger de la pastèque, je ne dois pas attendre juillet et je ne dois pas acheter une pastèque entière. Je ne vais pas au supermarché. Je vais au marché, dans des petits shops poussiéreux et désorganisés. Je vais au 7/Eleven quand je suis en Thaïlande. J’adore quand dans un restau on me parle français. Ca me fait rire d’apprendre la français aux non-francophones. J’ai fait crier 4 gamins laotiens: « On va à la piscine » quand on était dans la benne du tuctuc de Momo. Ces mêmes gosses me disent bonjour en français. Ils savent dire « putain » aussi. Je les insulte en lao. Je me tape des barres avec les gars qui bossent au 7/Eleven parce qu’on se moque des touristes. Pas besoin de parler la même langue dans ce cas là. Flo s’est rhabillé pour 180 bahts soit moins de 5€ pour un short cargo et 2 t-shirt. Mes soutifs me coutent un peu plus de 2,50€…
Je pourrais continuer la liste pendant longtemps. Tout ça pour vous, ça vous semble extraordinaire et exotique. Nous c’est notre quotidien. On a conscience que c’est différent de la France, on aime ça. Mais à côté de ça, on n’a pas le besoin d’en parler à tout bout de champs. On s’est aussi rendu compte que les gens ne comprenaient juste pas, malgré nos explications. Pour nous, c’est normal de manger de la viande trop cuite dans de l’huile, viande qui a passé quelques heures en plein soleil, avec la poussière environnante. On n’est pas malade. Et on se régale. Si j’ai faim à 9 heures du mat’, je peux manger du riz avec de la viande et des légumes. Si on me propose à manger, je prends et je mange. Je remercie la personne. Et voilà, c’est simple. Mais tout ça en France, ça n’existe plus / pas. Tu vois donc avec ces quelques exemples comme notre vie ici est différente, mais c’est aussi notre quotidien. On est conscients de la chance qu’on a mais on ne ressent pas le besoin de le dire à tout bout de champ.

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© Dariusz Sankowski

2 commentaires

  1. Quelle belle leçon de vie ! Je vous admire pour avoir eu le courage de tout quitter et de partir à l’aventure. C’est, je crois, l’un de mes rêves. Et très bel article !

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