journal nomade turquie octobre 2020

Cher journal, 
Je n’avais pas nécessairement prévu de poster un article nomade cette semaine. Or, vu l’actualité chaude bouillante en ce moment, je me dis que je peux faire un effort. Je me demande si en France avec le confinement saison 2 il y aura de nouveaux journaux de confinement. En même temps, ce que font les autres, ça me passe un peu au dessus de la tête. Et puis j’ai suffisamment de choses à vous raconter dans ce billet. Au programme, ce qu'on vit vraiment en Turquie VS ce que vous voyez à la télé, notre regard qui n'est plus celui du simple touriste et l'arrivée d'un de nos potes cette semaine.

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© Anderson Group

A propos de notre quotidien nomade

Nous avons quitté la France en 2016 pour aller voir ailleurs si nous y étions. Nous avons vécu dans différents pays d'Asie. Avec la pandémie, nous somme restés bloqués 7 mois en Thaïlande et ensuite nous avons du trouver un autre endroit où vivre. Ce n'était pas évident parce que la plupart des pays sont fermés que ce soit en Asie ou ailleurs. On a donc décidé d'aller en Turquie et c'est de cette manière que nous sommes arrivés à Istanbul fin septembre 2020. Etre touriste ou vivre même quelques mois dans un pays étranger sont deux choses différentes, deux manières d'appréhender les lieux différentes. Le point de vue touriste on l'a quand on arrive mais les paillettes ont tendance à disparaitre au fil du temps. Voilà un petit aperçu de notre quotidien à Istanbul.

A Istanbul, jusqu’ici tout va bien

Pour ceux qui débarquent, je suis en Turquie depuis un peu plus d’un mois maintenant. On se fait plus ou moins à la vie ici. On regrette l’Asie pour un tas de raisons. Et dès qu’on le pourra, on retournera en la-bas. C’est certain! Cette semaine, la Turquie a eu plein de raisons de faire parler d’elle. Et nos proches nous ont demandé régulièrement si ça allait chez nous. Après 4 ans de nomadisme j’ai pris le réflexe des messages « ça va bien » sur Facebook pour rassurer tout le monde en même temps et ne pas avoir à répéter 250 fois la même chose. 

France / Turquie - A celui qui devrait apprendre à fermer sa gueule en 1er 

Habituellement, je me garde bien de rentrer dans les détails de ma pensée quand il est question de politique, notamment de politique dans les pays dans lesquels je vis. En vivant tout en voyageant, on s’est rendu compte que la « liberté d’expression » à la française c’était un truc de français et que ce n’était pas aussi permis de s’exprimer ailleurs dans le monde. (Et pas juste à propos de caricature…) Comme on fait en sorte de ne pas faire de vagues, ce que je pense, je le dis tout bas à Flo et puis voilà. Mais comme là, il est question à la fois du pays où je me trouve et du pays dont je suis originaire, je vais faire une entorse à mes habitudes. 

En début de semaine - mardi - mes frères m’ont parlé du boycott mais en rigolant et le soir j’avais un message d’une copine qui me demandait si ça allait. Heureusement, parfois j’écoute mon homme et il m’avait briefé rapidement sur les dires de Macron et ceux d’Erdogan. Et il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Macron s’acharne sur les musulmans. Erdogan lui dit d’aller se faire soigner. Et ainsi de suite… Je ne sais pas trop ce que vous a montré la télé mais ici on n’a rien vu. Peu de gens savent qu’on est français. Ça ne les dérange pas spécialement. Pas d’émeute, pas de drapeau qui brule.. Peanuts. Je ne vais pas m’en plaindre hein! Mais y’a pas de quoi s’alarmer du tout. 

Même le 29, c’était certes l’anniversaire de Flo ou encore le 1er jour de David en vacances mais c’était aussi la fête de la République ici. Rien de spécial à raconter en tant que français. J’ai bien vu un bus dans la rue avec un homme politique qui faisait blabla sur fond musical. Mais c’était loin d’être un appel au lynchage de français. 

Dans le lot des politiques qui devraient s’étouffer avec leur langue sans que personne vienne aussi les secourir, on a l’ancien premier ministre malaisien qui a dit que les musulmans avaient le droit de tuer les français. C’est un peu le Le Pen (Jean-Marie) dans ses grandes années avec plus de pouvoir par moment. Ça ne nous fait pas peur pour autant. On a passé plusieurs visas en Malaisie, on a parlé avec des Malaisiens et on sait que les propos et avis de l’ancien PM ne font pas l’unanimité. C’est pas parce que Macron a des propos islamophobes que tous les français détestent les muslims, bah, là c’est pareil.

Le séisme à Izmir 

Vendredi midi, à nouveau un message mais cette fois-ci d’une amie en Belgique. Il était question d’un séisme. Je ne savais pas de quoi elle me parlait. Voilà, voilà. Ca vous donne le ton. David qui était dans une autre partie de la ville n’en savait rien non plus. Il a appris la nouvelle avec ma publication Facebook. 

Du coup, c’est quoi cette histoire de tremblement de terre? Vendredi il y en a eu un en Turquie. La Turquie est un endroit sur la terre où il y a régulièrement des séismes comme au Népal. C’est un peu comme les tempêtes tropicales sur la côte est de l’Inde ou sur l’Asie du Sud-Est. C’est des endroits où la vraie question c’est de savoir quand ça va tomber plutôt que de savoir si ça va tomber. Et là c’était à Izmir dans le sud ouest du pays, à environs 500 bornes d’Istanbul où nous nous trouvons. C’est un peu comme s’il y avait eu un tremblement de terre à Cherbourg et que vous vous trouviez à Dunkerque. Vous voyez un peu mieux? Du coup, pour nous tout va bien. C’est pas le cas des gens à Izmir ou en Grèce, malheureusement.  

Tout va bien mais on n’aime plus tant que ça se pays 

La Turquie c’est un peu la France de HLM des années 70 / 80 

Je sais que la dernière fois je vous avais écrit qu’on aimait beaucoup Istanbul. Et je le pensais. Dans toutes les villes où l’on va c’est la même chose. On est heureux de découvrir une nouvelle culture et de nouveaux endroits. Ca dure 2 ou 3 semaines et après notre regard change. Généralement les touristes ne restent pas plus longtemps. Ils n’ont pas le temps de voir l’autre facette. Nous oui. Et ces derniers temps, on a perdu les paillettes qui brillent et on voit la ville - du moins notre quartier - avec un regard très différent. On voit un peu plus loin que le bout de notre nez. 

Et là ce qu’on voit c’est un peu la ZUP des années 70 ou 80 en France. Quartier de banlieue craignos. Je suis née à Calais, il y a une ZUP qui était dans ce genre là. Flo à d’autres références sur le Dunkerquois, l’Albeck « à la grande époque » ou les blocs Jean Bart à Saint Pol. (Ca parlera directement à ceux de Dunkerque qui verront de quoi il en retourne). Même si j’adore fait un saut dans le temps quand je vais en Inde par exemple, l’Inde parfois ressemble à ce que nos grands-parents ont connu, ici, c’est moins mignon d’un coup! 

Vous ne trouvez pas que ça fait un peu ambiance HLM & banlieue des années 80?

Comment vous décrire cette ambiance singulière? 

Il y a d’une part l’architecture qui contribue à cette atmosphère un peu lugubre. C’est mignon quand on n’y vit pas. Quand on y vit, on se rend compte de l’état délabré de certaines / nombreuses maisons. On se dit que les gens qui y vivent doivent avoir sacrément froid en ce moment. Istanbul a un problème d’urbanisme. Même si ça peut faire partie du charme dans une certaine mesure, il y a des quartiers vraiment problématiques; On est allés se promener du côté de Şişli, quartier voisin de Beyoglu où nous nous trouvons. Même si à Şişli il y a le plus grand centre commercial d’Europe, on a surtout vu des endroits qui n’avaient rien à envier à certains bidonvilles de Bombay. (Ouais, ouais!) Alors oui, c’est hyper typique de voir le linge sécher à plusieurs mètres au dessus de la route entre les maisons. C’est vraiment sympa à voir. C’est drôle de les voir descendre un seau par la fenêtre pour monter les courses faites à l’épicerie. Mais c’est beaucoup moins sympa de les voir se battre et s’engueuler. On a vu plus de bastons et de disputes en 1 mois à Istanbul qu’en 4 ans en Asie - dont plus d’un an en Inde où ils peuvent vite monter dans les tours. 

On arrive donc à la mentalité de certains stambiouliotes. Je ne veux pas mettre tout le monde dans le même panier mais c’est une drôle de mentalité ici (drôle dans le sens négatif pas dans le sens marrant). S’ils peuvent te la mettre à l’envers, ils vont le faire. C’est le cas aussi dans certaines villes d’Asie mais moins. Les arnaques sont nombreuses. Et c’est pénible… Par ailleurs, il y a quelques semaines, je parlais avec une Kurde qui m’expliquait entre autres que les Kurdes se mêlaient de tout. Il y a une ambiance de commérage impressionnante ici. Ce qu’on trouvait typique au début - les hommes qui glandent devant leur boutique - nous tape sur le système. C’est un regroupement de commères qui attendent de détrousser le touriste et reprendre leur activité glande / je me mêle de tout. Honnêtement j’ai du mal, Flo aussi… Je suis plus nuancée que Flo. Bien entendu, il y a des gens honnêtes, mais le ratio n’est pas celui qui nous va bien. Après plusieurs années à vivre à l’étranger, on sait qu’on peut supporter une part de racisme ou de malhonnêteté mais il faut qu’elle soit contrebalancée. (On a vécu plusieurs mois à Varanasi… Ce n’est pas la ville la plus facile à vivre en Asie mais à côté de ça il y a des choses incroyables qui donnent le change. A Istanbul, on n’a pas trouvé ça.)

Même si j'ai une passion ici pour les maisons décrépies, ça joue un peu sur le moral... On est loin des jolis quartiers stambouliotes...

Les arnaques les plus fréquentes à Istanbul 

L'arnaque du cireur de chaussures

Si vous allez à Istanbul, vous croiserez probablement des cireurs de chaussures itinérants. Pour les touristes, c’est la part d’authenticité qu’ils viennent chercher. Et bizarrement, ils perdent souvent leur brosse. Comme une bonne personne je vous êtes vous allez la ramasser et lui donner. Il va vous proposer de vous cirer les pompes en remerciement. Et évidemment, après il va vous demander de l’argent. On l’a vu 2 fois pour le moment. La 2ème fois j’ai ramassé la brosse. Il a ciré mes chaussures qui ne sont pas en cuir. Et je l’ai envoyé chier. Je n’ai aucun soucis à envoyer chier quelqu’un dans cette situation. Je n’ai rien demandé, j’ai dit non plusieurs fois. Voilà. Plus d’un an en Inde, ce n’est pas écrit sur mon front mais ça aide sérieusement. 

L’erreur sur la note - le classique de l'arnaque

C’est une arnaque fréquente partout où on va ou presque. Ils se plantent soit en vous rendant la monnaie soit en vous annonçant le prix. Généralement, un commerçant qui me fait le coup, me voit une fois par deux. C’est arrivé cette semaine à un çay où on était déjà allé une fois. C’est con, il était près d’un restaurant qu’on aime bien. Il nous verra passé. On ne s’y arrêtera plus. 

L’hébergement - la note peut être salée

L’une des arnaques les plus représentatives d’Istanbul c’est sûrement l’arnaque de l’hébergement. Ils annoncent un prix sur internet, en arrivant, le prix sera différent. On a eu le coup au 1er hostel qu’on avait réservé. Du simple au double. Soit disant un problème sur Booking. On a vu aussi un couple dégoulinant d’amour se prendre le chou avec le réceptionniste d’ici à propos du prix à payer pour leur chambre. Ce qui est écrit sur Booking n’est pas la réalité. Dommage pour eux. David, même s’il m’a certifié que le gars de son hôtel était de bonne foi, a du montrer une preuve qu’il avait bien payé son hébergement sur booking. C’est quand même dingue! Et je pense qu’il y a des gens qui se font avoir, pas par bêtise, mais juste parce qu’ils n’ont pas nécessairement accès à leurs comptes et qu’ils se disent qu’il y a peut-être eu une erreur.

Le point cool de cet article - Arrivée avancée de David

Cette semaine a été marquée par l’arrivée de David. Je vous ai déjà parlé de lui à Varanasi en 2019. David et moi on a travaillé ensemble il y a 15 ans quand j’étais étudiante. Cette année, il n’a pas eu de chance. Avec la situation sanitaire, ses projets de vacances ont été annulés à plusieurs reprises. Et comme c’est un peu la merde pour trouver un pays ouverts et pas trop relou, il est venu nous rejoindre. Il aurait du arriver dans la nuit de vendredi à samedi. Il est arrivé quelques jours plus tôt ne voulant pas être bloqué par les mesures imposées par le gouvernement en France. Enfin bref! C’est quand même chouette de retrouver un copain - le seul de notre vie d’avant qui voyage et qui vient nous voir! On partage une certaine passion pour le thé du coup, ici, ça marche nickel 😉 Ça c’est le point cool de la semaine.

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A gauche David, à droite Chéri (Flo) et moi au milieu. On était en train de boire un çay après mangé - Boire le çay est une activité quotidienne qu'on affectionne beaucoup! (Mais on est d'accord, rien ne vaut le chai indien!)

Voilà, pour le moment on reste ici parce que c’est la merde un peu partout ailleurs avec le Covid et que trouver un pays ouvert ce n’est pas si évident. On reste aussi parce qu’avec le Covid mes clients français ont vraiment du mal à payer ce qu’ils me doivent et ça c’est très pénible. On a de l’argent qui doit arriver mais qui arrivera on ne sait pas quand. Mais on reste aux aguets quant à la possibilité d’aller voir ailleurs si on y est. Istanbul ressemble trop à l’Europe. C’est cher mais pas de bonne qualité. (Le wifi marche de temps en temps, il arrive qu’on n’ait pas d’eau chaude voire pas d’eau du tout…c’est très moyen! Même en Inde on a de l’eau!) Voilà voilà… C’est un moment au final éprouvant et on se raccroche à l’idée que ça ne durera pas éternellement. 


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