Je suis en train de préparer plusieurs articles sur la décoration et le mobilier slow. C’est bien joli de vous dire comment désencombrer, mais choisir de vivre de manière plus en adéquation avec ses valeurs, ça passe aussi parfois par des achats. Et dans une démarche slow, on a tout de même tendance à se tourner vers le mobilier et la décoration éthique et green. C’est bien joli, mais au final, ce sont deux appellations relativement commerciales. Et quand on creuse un peu, on se rend compte que la question est bien – vraiment bien plus complexe. Ici, dans cet article, je ne te propose pas LA solution clef en main, en revanche, je mets sur les tapis toutes les interrogations qui me passent par la tête à ce propos.

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Mobilier et déco éthiques conçus à l’étranger – quid des conditions de travail?

Je vis en Asie depuis plusieurs années maintenant (et oui, le temps passe!) et on a pu se rendre compte que les 35 heures, le droit et le code du travail n’étaient sensiblement pas les mêmes ici. Et quand je dis ici, je ne parle pas que de l’Inde, je parle de TOUS les pays d’Asie que nous avons visités jusqu’à présent. Il n’y a pas qu’au Bangladesh qu’il y a des usines de fortunes qui fabriquent des fringues hors de prix pour nous pour un salaire de misère. Nos potes en Inde ont globalement de bonnes situations, ils bossent dans des bureaux, mais 70 heures semaines. Il y a des endroits où les employés bossent 7 jours sur 7 (et pas qu’en Inde). Et les conditions ne sont pas les mêmes que dans un bureau… J’ai écrit cet article en plusieurs fois. Je me demande encore comment en tant que particuliers consommateurs, on peut réellement savoir quelles sont les conditions de travail des personnes qui créent notre déco et notre mobilier. Je crois qu’il y a une notion de confiance entre le consommateurs et l’entreprise qui nous vend les produits. En revanche, dans ma réflexion, je me suis rendue compte que je ne faisais pas confiance facilement…

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Production solidaire – “aider” des populations sensibles dans quelles conditions et quelles mesures?

Faire travailler des femmes qui sont veuves, qui n’ont généralement pas le droit de travailler. Faire travailler des blessés de guerre. Faire travailler des populations pauvres qui se trouvent dans des villages reculés, sans eau et sans électricité. Tout ça, ça part d’un bon sentiment, je suppose. Que ce soit de l’insertion par le travail ou l’humanitaire de manière générale, depuis qu’on est arrivé en Asie, on a pris beaucoup, mais vraiment beaucoup de recul par rapport à nos croyances françaises. On a pu remarquer de nos yeux que certains blancs, westerns, occidentaux arrivaient en Asie un peu comme le messie qui prêche la bonne parole et qui pense offrir ce qui est bon pour les locaux. Un peu comme les colons qui ont apporté l’alcool ou certaines maladies en Amérique au XVème siècle. Aussi ouf que cela puisse paraitre, il y a encore des villages qui vivent très bien sans eau ni électricité et qui n’aspirent pas à ce type de confort. Ils n’ont pas non plus des kg de bouteilles d’eau qui trainent et qui polluent. Ils n’ont pas autant de besoins que nous et font avec ce qu’ils ont. Bref, apporter du travail dans ce type de villages c’est honorable, d’un point de vue de blanc capitaliste. En revanche, est-ce vraiment bénéfique pour la population locale? N’est-ce pas la bonne excuse pour une main d’oeuvre pas trop chère?
Je vous ai dit que je me posais beaucoup de questions… Et c’est pas fini!

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Une production respectueuse de l’environnement doit-elle prendre en compte l’empreinte carbone?

Il y a un an je crois, j’avais calculé notre empreinte carbone sur un site. Rien de très précis, mais ça permettait de savoir où l’on se situait, surtout qu’on a un mode de vie qui ne rentre pas dans les cases. Je pense que j’ai pris plus souvent l’avion que certains de mes lecteurs au cours de ces 30 derniers mois. En revanche, on limite au maximum nos utilisations de ce mode de transports et le reste du temps on est à pied ou en transports en commun. On n’a pas de voiture, mais on n’a pas de télé non plus, ni de frigo. Quand j’avais évalué notre empreinte carbone, à ma grande surprise, nous étions très en dessous du foyer français moyen. Mais revenons à la production de mobilier ou d’accessoires de décoration. On est d’accord qu’une orange fabriquée en France a une empreinte carbone moins élevée qu’une orange qui vient du Maroc. On peut donc se poser la même question pour des meubles fabriqués à Bali ou des tapis fabriqués au Népal. Par curiosité, j’ai posé la question sur Instagram à ma communauté. J’avais envie d’avoir un autre point de vue que le mien. Au final, je ne suis pas la seule à prendre en compte le facteur “provenance” et “empreinte carbone” 87% des personnes m’ont répondu que oui, la provenance des objets et du mobilier avait de l’importance, contre 13% qui s’en moquent pas mal.

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La paille en bambou est-elle vraiment écolo?

La paille est juste un exemple. Mais pour le coup, je voulais revenir sur les matières qui ont une origine tropicale. Le bambou est un exemple, mais il y a d’autres essences de bois qui ne poussent pas dans les forêts européennes et qui pourtant ont la côte pour la fabrication de mobilier et pour le parquet par exemple. La paille est un exemple sympa pour plusieurs raisons. La première c’est qu’on a testé, on n’a pas aimé. C’est bien trop gros, c’est pas très agréable. La deuxième c’est qu’on a vu un peu le business de la paille en bambou en Asie du sud est. Par curiosité, je suis allée voir quelques prix pour les pailles en bambous sur internet. J’ai trouvé un pack de 12 pailles pour 15,99€. Pour 4 pailles sur un marché au Laos, on en a pour 40 000 kips, soit ± 4 balles (prix pour des blancs sur un marché local). On sait aussi que c’est un putain de business en local et que c’est un business capitaliste dans le sens où l’ouvrier est payé peau de bal, le négociant sur place s’en met déjà bien plus dans les poches et on ajoute à cela la commission du revendeur en Europe ou ailleurs. A mon sens, d’un coup, la paille en bambou a un goût bien plus dégueulasse… Vous ne trouvez pas? Et c’est sans parler de la production du bambou qui reste un matériaux exotique, donc pas local chez vous en France.

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La monoculture, l’appauvrissement des sols, la pénurie d’eau… dans des pays loin de la France

Même si on fait en sorte de bien traiter ses sous-traitants à plusieurs milliers de kilomètres et de faire valoir de meilleures conditions de travail, restons un peu sur l’idée de matériaux. J’assume le fait que la cause Vegan me passe un peu par dessus la tête (dans la vraie vie, je suis bien pire dans mon discours surtout quand un vegan me brise les noix de cajou en m’expliquant par A + B x C² pourquoi j’ai tort de bouffer de la viande… Bref). On parle depuis un moment de cuir végétal. Ok, why not! On ne va pas s’attarder sur une question d’appellation. Parlons plutôt du coton qui sert dans pas mal d’accessoires textiles déco. Je ne suis pas une experte dans la production de coton, mais je suis curieuse. J’ai donc appris dans mes recherches que le coton avait besoin de 2 choses pour pousser: beaucoup de soleil et 120 jours arrosés. J’ai aussi appris que l’un des premiers producteurs de coton était l’Inde et particulièrement les régions du Maharashtra, du Gujerat, et le Tamil Nadu. Cette dernière contrée indienne je la connais plutôt pas mal vu que j’écris cet article depuis Pondy qui est une enclave dans le Tamil Nadu. Et rapidement, je peux te dire que c’est une région relativement désertique où la pluie (la vraie, celle qui remplit les nappes phréatiques) n’a pas été vue depuis plus d’1 an 1/2. Tu vois le soucis avec la production de coton et son arrosage? J’ai appris avec cet article qu’il existait des certifications écolo pour le coton. En Inde, c’est une ONG Himshikha Development Project qui est l’un des acteurs de ce coton “équitable”. J’ai voulu creuser plus loin et aller voir sur leur site, mais je tombe sur des pages 404. Je suis tombée sur une vidéo Facebook qui date et qui met en avant le travail des indiens qui produisent le coton bio avec cette ONG, mais la qualité de la vidéo n’est pas intéressante et sensiblement trop niaise à mon goût. Bref! Globalement le coton bio et équitable est une petite partie de la production de coton mondiale qui nous sert à nous habiller, mais aussi dans la déco.

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Comment s’y retrouver dans les labels et certifications?

Donc normalement pour nous guider on peut compter sur les labels et certifications… Il y en a une tripoté quand on commence à s’intéresser à la protection de l’environnement, au commerce équitable et tout ça. Je viens de te parler de la production de coton, j’ai appris donc qu’il y avait une certification bio et une démarche de commerce équitable avec Max Havelaar et et l’association Bio équitable. Dans une autre facette de mon boulot cette semaine j’ai eu l’occasion de me pencher sur deux autres certifications, comme le FSC (Forest Stewardship Council) qui assure une gestion durable des forêts ou encore la certification Oeko-tex pour le domaine du textile. Très honnêtement, pour répondre à cette question très vaste des certifications qui nous permettent de faire confiance à une enseigne, il me faudrait au moins un article dédié. Désolée, ce ne sera pas ici. C’est un poil trop long pour cet article.

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Est-ce que cela vaut le coup d’acheter un produit de décoration vegan?

Je suis vieux jeu, j’aime appeler un chat, un chat. Du cuir Vegan ce n’est pas du cuir, comme un steak de soja n’est pas un steak. (C’est une galette!) Ce qu’on a fait du mot Vegan me fout des boutons. C’est ni plus ni moins qu’un label marketing. Un produit qui n’est pas testé sur les animaux est Vegan. Ouais mais quand ce sont des personnes qui bossent pour peanuts 6 à 7 jours sur 7, est-ce que c’est encore Vegan? Certes, les animaux ne souffrent pas, mais un humain, c’est un animal aussi, non? Pour répondre à ma question initiale, faites comme vous le sentez. Personnellement, l’appellation Vegan ne me fera pas m’intéresser à un produit, en tout cas pas le Vegan dans le sens marketing du terme. La cause animale me tient à coeur dans une juste mesure, mais celle de l’Humain aussi…

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Pour conclure ce très long post, je vous remercie de m’avoir lue jusqu’au bout. Comme vous pouvez le voir, je me pose beaucoup de questions quant à un commerce propre et respectueux que ce soit dans les domaines de la décoration et de la maison ou dans d’autres domaines comme ceux de la mode. Visiblement, je ne suis pas la seule à me poser ces questions et c’est très difficile de trouver des réponses fiables. J’ai l’impression que dans les médias on remue beaucoup le dessus de la surface (en disant qu’il faut qu’on se bouge pour la planète), mais il reste difficile de trouver des réponses concrètes et simples. Je vais essayer – je ne sais pas quand – de trouver quelques éléments de réponses à mes nombreuses questions. C’est avec plaisir que je les partagerai avec vous sur le blog!


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